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La petite fille de Monsieur Linh – Critique de Marie

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Bonsoir à vous tous,

Je dois vous dire que je suis très impressionnée de devoir écrire sur un écrit.
La petite fille de Monsieur Linh, roman de Philippe Claudel, que je ne connaissais pas, m’a
laissée, comment dire, de marbre. Ce texte est propre, bien rédigé, avec parfois des
envolées lyriques lorsqu’il évoque la nature et ses parfums. C’est dans ces passages là que
je me suis dit, enfin, l’auteur va oser nous montrer sa sensualité.
Monsieur Linh ne se libérera pas.
Dès le début du récit, j’ai vite compris l’impossibilité d’une petite fille vivante. J’ai tremblé
à l’idée d’enfant mort. Puis je me suis tranquillisée, l’image de la poupée est rapidement
venue. Et là, je ne pouvais plus y croire, car comment après la destruction du village et de
ses habitants, comment dans sa fuite, comment dans son voyage d’exilé, comment
Monsieur Linh a pu se procurer une poupée qui reste intacte tout le temps du récit.
Elle n’est pas imaginative puisque son bavard ami lui offrira une robe et, tout à son propre
deuil, il accepte d’emblée que Monsieur Linh frôle une douce folie.
Celui-ci fera un séjour en hôpital, fermé comme une caricature de la psychiatrie
gérontologique. De cela, il s’échappe comme il l’a fait de son pays.
Ce qui me rappelle d’autres pages où l’ami bavard avoue son passé de jeune militaire
criminel. Sa conscience semble lui peser mais comme il s’adresse à quelqu’un qui ne parle
pas la même langue c’est à lui-même qu’il s’adresse sans risque. Là aussi j’attendais plus de
l’auteur.
Ce livre parle de la lenteur du temps, de son élasticité, de son inutilité lorsqu’il s’agit
d’horloge. Linh s’en est détaché car il sait qu’il va mourir. Il a intégré sa mort comme
savent le faire certains et ne vit plus que pour maintenir en vie une poupée qui ne sera
jamais vivante. L’unique être qui lui donne de la force est cet homme rencontré sur un banc
avec lequel il va créer un rituel de rendez-vous.
Ce livre parle aussi de l’attente de ces rendez-vous, de l’inquiétude du repaire spatial, de
l’absence de celui qui est attendu.
Ce livre parle de l’enfance, de sa disparition comme celle des enfants de Monsieur Linh et
comme celle de la femme qui faisait fonctionner le manège.
L’idée est excellente mais elle se perd dans un monceau de bons sentiments.
Encore une fois comme si l’auteur avait peur d’aller trop loin, me laissant sur ma faim, sans
jamais m’émouvoir.

 Un grand salut lectrices, lecteurs ! Je l’espère, à bientôt

Marie Rybarczyk Aguirre-Smith

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Un commentaire

  1. tarin

    18 février 2018 à 15 h 50 min

    Philippe Claudel parle, il me semble , du trauma et de ses possibles conséquences ; le retrait de Mr Linh dans une douce folie et l’isolement de Mr BARK.
    Tous deux ont en commun – le deuil -
    Ils vont se rencontrer sur cette expérience commune et tenter de s’aider en étant attentif à l autre , en offrant des cigarettes pour l’un et pour l’autre une robe à ce qui symbolise la petite fille de Mr Linh à savoir une poupée.

    Ils cherchent l’un et l’autre à retrouver de l’humanité .

    C’est pour moi, l’histoire d’une rencontre entre deux personnes qui n’ont pas la même langue mais qui communiquent au delà des mots .
    Cette étrange et belle rencontre aurait pu être racontée de manière pathétique , Philippe Claudel au contraire nous la raconte avec finesse et légèreté.
    J’ai trouvé ce livre envoûtant et très plaisant .

    Dominique

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