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Critique du roman « Le Figurant », de Didier Blonde

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Le figurant, de Didier Blonde (Gallimard, 2018)

J’ai découvert ce livre un peu par hasard, en flânant dans une librairie, et le titre m’a interpellée. Quand j’ai lu la 4ème de couverture et compris qu’il évoquait le tournage de Baisers volés de François Truffaut, la curiosité m’a portée immédiatement à m’y plonger, et ce fut une belle découverte.

Cette histoire est-elle complètement vraie, inventée, arrangée ? Peu importe, car oui c’est bien un « roman ». Le narrateur nous entraîne dans son histoire avec une émotion toujours à fleur de peau, sous la forme d’une enquête qui résonne avec le scénario du film Baisers volés. Comme le détective du film, le narrateur va rechercher, explorer. Il part de l’événement fondateur que fut sa participation fortuite au tournage d’une scène comme figurant. Il se trouvait là par hasard, puis le fil de la pelote s’est déroulé… C’est d’abord la rencontre avec Judith, jolie jeune fille amenée à figurer avec lui dans la scène du café de la place de Clichy. Puis ce sera la disparition inexpliquée de la jeune fille, inaugurant une longue quête pour retrouver les traces du passé et revivre, suspendu à des questions sans réponses, une histoire à peine effleurée dans un moment de trouble sentimental, en 1968, après la manifestation pour le retour d’Henri Langlois à la Cinémathèque. Car ce roman est aussi ancré dans une époque, celle des prémices de Mai 68 (la rencontre se passe en février 68) et celle d’une jeunesse parisienne audacieuse, éprise de liberté, nourrie de culture et de Nouvelle Vague.

Et puis il y a l’écriture… Fluide, délicate, et tellement juste dans ses allers-retours en miroir entre l’histoire du figurant (anonyme, évanescent, mais toujours présent) et le scénario de Baisers volés. Les évocations  précises de certaines scènes du film – que j’adore et porte très haut, comme à peu près tous les films de Truffaut – donnent envie de revoir chaque scène, nous obligeant à regarder ce qu’on n’y avait pas vu, des détails, des constructions, des couleurs…

Enfin, cette enquête – non dépourvue de suspense – est d’abord un travail de la mémoire, une recherche des images du passé qui se trouble, se déforme avec le temps. Les lieux changent, parfois beaucoup, parfois peu. Le narrateur joue avec les réminiscences, les traces qui lui font revoir Judith comme si elle était encore  là. C’est heureux et douloureux à la fois. Les souvenirs se cognent aux lieux quand on y revient. C’est comme dans une chanson de Barbara : « Pourquoi suis-je donc revenue, et seule au détour de ces rues… Pourquoi suis-je venue ici, où mon passé me crucifie…»

Ce livre émouvant nous hante longtemps, avec un parfum de nostalgie, mais toujours légère et souriante.

Corinne

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