Accueil Critiques Héléna, de Jérémy Fel

Héléna, de Jérémy Fel

0
0
11

Ce roman très dense, le deuxième de Jérémy Fel, est un thriller qui tient en haleine et qui fait partie de ces romans qu’on dit « efficaces ». Construit sur une trame psychologique et une intrigue à suspens, il nous fait entrer dans une spirale où les personnages, pris dans un engrenage  inextricable, vont se révéler progressivement à la fois victimes et bourreaux.

Dès le départ le décor est planté : Tommy, un garçon solitaire et fantasque, vient de tirer sur un chien errant et s’acharne  sur lui en l’éventrant avec jouissance, en cachette des siens, dans un bâtiment désaffecté.

On retrouvera le personnage quelques chapitres plus loin, après avoir suivi Hayley, jeune étudiante et championne de golf,  qui tombe en panne de voiture en plein Kansas au milieu des maïs. Elle est très gentiment accueillie dans la maison isolée de Norma, mère de Cindy, Graham et…Tommy.

Assez vite on sent qu’il va se passer des choses, même si les premiers événements, apparemment calmes et anodins, dans un climat de bienveillance et de solidarité, donnent l’apparence de la normalité. Les personnages, alternativement, vont pourtant vivre des épreuves et accomplir des actes à leur insu qui vont les emporter dans un piège infernal dont ils auront tous du mal à sortir indemnes. Le lecteur découvrira la suite… y compris le pourquoi du titre « Helena », qui ne se révèle que tard.

Ce roman, dont la construction narrative et la progression fonctionnent bien, ne m’a pas pour autant convaincue. Je n’ai à aucun moment pu m’identifier à un personnage ou être en empathie avec lui. Une escalade de violence, du mal-être sur fond de drogue, d‘alcool et de sexe, sont les ingrédients récurrents qui émaillent ce roman avec beaucoup de complaisance. L’histoire se situe aux Etats-Unis, de nos jours, dans un contexte où certes la violence, les armes, l’errance sociale, sont montrées avec un certain réalisme. Mais c’est plutôt les vraies motivations des personnages que l’on ne saisit pas bien et  qui m’ont parues totalement exagérées, voire invraisemblables. Ce roman nous présente une galerie d’hommes et de femmes tous plus « fêlés » les uns que les autres, embourbés dans des mensonges, des sentiments ambivalents, des histoires personnelles lourdes (la folie, l’absence de la mère ou du père, des morts, des viols, des non-dits familiaux…). La culpabilité maternelle en est le moteur principal et le sujet central. C’était un parti pris intéressant. Mais autant les personnages des enfants de Norma sont à peu près crédibles – y compris Tommy, le plus abimé dans sa folie ravageuse – autant les deux principaux personnages de femmes, Harley et Norma, pour moi ne sonnent pas juste. Les situations rocambolesques m’ont paru inventées uniquement pour les besoins de l’intrigue et pour faire enfler le suspens,  alors que ce roman prétend manifestement avoir une portée psychologique et philosophique, avec des digressions que j’ai trouvées  hasardeuses et inutiles sur la nature, l’environnement, le poids de la mémoire ou la présence des fantômes.

Dans ce genre de livre, même si non reste un peu distant, on se laisse prendre malgré tout par une histoire bien menée et on a envie d’en connaître la fin. En ce sens, il marche plutôt bien. Mais les situations forcées m’ont laissé l’impression désagréable d’avoir eu à faire à  un objet au final artificiel et peu crédible.

Corinne – Août 2018

Charger d'autres articles liés
Charger d'autres écrits par seldelavie
Charger d'autres écrits dans Critiques

Laisser un commentaire

Consulter aussi

A propos de « Réparer les vivants » – Corinne

Réparer les vivants – Maylis de Kérangal Un livre puissant, original, qui marque par son l…