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Le complexe d’Hoffman, de Colas Gutman

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J’ai eu un eu de mal à arriver au bout ce roman, bien que je le trouve original et par certains côtés attachant.

Ce qui m’a la plus gênée, c’est d’abord le parti pris du style. Le langage parlé, le point de vue l’enfant toujours un peu décalé avec des « trucs » de langage systématiques, qui finissent par rendre la lecture ennuyeuse et poussive.

Ensuite, j’ai été troublée par la noirceur de cette histoire. L’humour très particulier du livre, très impertinent, n’arrive pas à rendre le fonds plus léger.

L’histoire elle-même est assez terrible : un enfant, le petit Simon Hoffman, a une mère psychothérapeute anorexique dépressive. Il se débat avec ça en s’occupant d’elle comme il peut, tout en la voyant – et même la souhaitant – morte, puisqu’à ses yeux elle l’est déjà quasiment. Par ailleurs, le petit monde qui l’entoure est sans pitié : son père, sa sœur, sa grand-mère, les élèves de son école… semblent ne pas voir  à quel point le petit Simon est dans une ambivalence terrible vis-à-vis de sa mère. Seul son bon copain Lakhdar, enfant de la DASS, qui est dans plusieurs chapitres le narrateur, l’accompagne dans ce petit combat quotidien.

Vient là-dessus se greffer une histoire  anachronique de loi anti-alsaciens concoctée par la méchante Mylène, une fille de sa classe. Histoire qui résonne avec l’histoire familiale hantée par la persécution des juifs pendant le nazisme.

Un drôle de mélange, sur lequel vient encore se surajouter au milieu des 24 chapitres, l’histoire que Simon est en train d’inventer et qui s’intitule « 83 ans » : une histoire complètement loufoque et très cruelle d’un enfant vendu chez un antiquaire, d’une mère qui perd ses yeux et qui accouche d’un petit Tetanos, qui coupe son fils en morceau pour le vendre par petits bouts et se faire des sous tout en couchant avec l’antiquaire… Difficile de résumer  autrement cette histoire déjantée, qui est vraiment lourde malgré son humour noir et qui m’a fait penser à l’atmosphère des films burlesques  de Jean-Pierre Jeunet, avec une cruauté au deuxième degré. Bien sûr on comprend que cette histoire est un exutoire dans lequel  le petit Simon décharge toute sa tristesse d’enfant mal-aimé et qui sans doute le sauve.

Heureusement on rit malgré tout à certaines situations tant elles sont exagérées ou racontées avec une  distance qui fait passer leur côté méchant ou cruel. On finit par s’émouvoir du sort de ce petit garçon finalement bien seul, et à compatir à celui de cette mère incapable de s’en occuper et de surmonter son propre mal-être.

Ce n’est pas le genre de livre que j’ai l’habitude ou l’envie de lire. Je comprendrais néanmoins qu’il puisse plaire par son côté atypique et son style d’humour. Comme dans un cirque, où on rit aux éclats  des déboires du clown triste, mais en sortant avec l’envie de pleurer.

Corinne – Août 2018

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