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Critique de « Et je t’emmène » de Niccolo Ammaniti

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Niccolo Ammaniti

Et je t’emmène

Traduit de l’italien par Myriem Bouzaher

Grasset, 2001

 

Après avoir lu le livre, j’ai repéré sur la 4e de couverture l’expression « littérature cannibale » et, consultant sur Internet un article du Monde daté de juillet 2011, j’apprends qu’il s’agit d’un courant romanesque italien cherchant à « remettre en question le caractère conventionnel et aseptisé de la littérature dominante ».

C’est bien ce qu’il m’avait semblé à la lecture de Et je t’emmène ; le problème est que je n’y ai pas cru un seul instant. J’ai eu l’impression qu’Ammaniti s’était imposé un style qui ne lui était pas naturel et qu’il forçait le trait à la façon d’un acteur dont on dit qu’il « surjoue », qu’il en fait trop mais avec un résultat contre-productif. Cela m’a gêné aussi bien dans l’histoire que dans la narration.

Quand Ammaniti entreprend de raconter un épisode, on comprend vite que ça va mal se terminer, que Pietro Moroni va se faire laminer par la bande de super-méchants menés par Pierini, que Graziano Biglia se débrouille invariablement pour courir à sa perte, etc. L’inattendu, c’est que des personnages positifs comme Pietro ou Flora Palmieri finissent eux aussi par se corrompre, mais d’une façon tellement artificielle que cela ne m’a jamais paru crédible.

L’écriture renforce, à mes yeux, ce décalage. C’est une des grandes difficultés des romans de rendre un style parlé, vulgaire, voire ordurier. Et chez Ammaniti, ça ne fonctionne pas. Il ne suffit pas de descendre constamment au-dessous de la ceinture pour exprimer la vulgarité et la petitesse de ses personnages. Il est possible que la traduction ait contribué à cette faiblesse du style, mais je ne suis pas apte à en juger.

Il a fallu atteindre la toute fin du roman pour que je tombe sur un chapitre de bonne facture, le numéro 150, racontant un barbecue dans la famille Miele, avec des engueulades familiales sur la façon de cuisiner les pâtes, et où Andrea Bacci essaye laborieusement de raconter ce que Pietro lui avait dit, à savoir qu’il avait tué Flora Palmieri.

Tout n’est pas à jeter dans ce roman, certains protagonistes ont une certain carrure, comme Graziano dont les différentes facettes aboutissent à un personnage qui n’est pas d’un seul bloc, et dont les contradictions finissent par tisser son caractère nuancé, même si sa relation avec Erica puis son retour de Jamaïque sont mal amenés et mal narrés.

Nicolas Verry

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